Aller au contenu

La Revue

Samedi 26 septembre 2026 · N° 234 · 17 min de lecture

L’édition en audio

La Revue · 26 septembre 2026

0:00−8:33

Les marchés

MASI · Toutes valeurs17 818,09−0,29 %
MASI17 818,09−0,29 %CMT4 315+9,99 %SBM2 096+4,02 %JET1 930+3,76 %SID1 850+2,78 %RDS172,95+0,55 %CMG282−4,41 %LHM1 656−3,10 %MUT227−1,94 %SNP300−1,64 %ATL120−1,64 %USD/MAD9,60EUR/MAD10,94GBP/MAD12,71CNY/MAD1,43
USD9,60EUR10,94GBP12,71CNY1,43

À la Une

LE SUJET

La subvention du gaz butane

Les arbitrages budgétaires du projet de loi de finances 2027 se sont tenus du 7 au 17 septembre, à quelques jours des législatives du 23. La bonbonne de douze kilos, elle, reste subventionnée : le projet de loi de finances 2026 lui réservait, avec le sucre et la farine nationale de blé tendre, 13,77 milliards de dirhams, et l’État a versé en moyenne 53,47 dirhams par bonbonne entre janvier et août 2025, 14 pour cent de moins qu’un an plus tôt. Qui touche cet argent, du centre emplisseur au détaillant de quartier ? Combien la bonbonne coûte-t-elle réellement à produire et à livrer ? Et que se passe-t-il, dans un ménage et dans un four de boulanger, le jour où le prix affiché monte ?

Mardi 22 septembre, Bank Al-Maghrib, la banque centrale du royaume, a laissé son taux directeur à 2,25 pour cent, dans un environnement qu’elle décrit comme marqué par des tensions géopolitiques persistantes et la hausse des prix de l’énergie. Dans les quartiers, la bonbonne de douze kilos vaut toujours 50 dirhams. Quand le détroit d’Ormuz s’est fermé à la navigation, le 28 février, l’État en est venu à payer 78 dirhams par bonbonne pour que ce chiffre ne bouge pas ; il en payait 42 l’été précédent. Le gouvernement avait pourtant annoncé en 2023 qu’il réduirait cette subvention en trois hausses annuelles de dix dirhams, et il n’en a appliqué qu’une seule. La question dont héritera le prochain gouvernement tient donc en une phrase : qui touche les 78 dirhams, entre le navire et le boutiquier de quartier.

La Caisse de compensation a été créée en 1941, en pleine guerre, pour tenir le prix de quelques produits de base. Un dahir de 1977 lui a donné la mission qu’elle exerce encore : stabiliser les prix du sucre, des huiles alimentaires, des produits pétroliers et du gaz butane. Le mécanisme n’a pas bougé depuis. L’administration fixe un prix de vente maximum, la Caisse rembourse aux centres emplisseurs l’écart entre ce prix et le coût de revient réel de la bouteille, et elle leur rembourse aussi le transport du gaz entre le point de débarquement et l’usine de remplissage. L’argent public ne va donc jamais au ménage : il va à l’usine qui remplit la bouteille. Le ménage, lui, ne voit qu’un prix affiché. Le pouvoir de le fixer vient de la loi 104.12 sur la liberté des prix et de la concurrence, qui autorise le gouvernement à plafonner le prix de certaines catégories de produits, et le butane est de celles-là depuis toujours. La filière qui reçoit cet argent est courte et concentrée : une note de la banque d’affaires CDG Capital publiée en décembre 2019 recensait 37 centres emplisseurs dans le royaume, détenus par une vingtaine de sociétés.

Le pays a déjà démantelé une subvention de ce type, et il l’a fait vite. Fin 2014, le gasoil, le super et le fuel industriel sortent du régime de la compensation ; au 1er janvier 2015, le gasoil n’est plus subventionné ; les prix des carburants liquides sont libéralisés dans la foulée. Le butane, lui, reste. Il cuit la nourriture et chauffe l’eau de la quasi-totalité des foyers, y compris dans les douars où rien d’autre n’arrive, et la consommation nationale a quasiment triplé depuis la fin des années 1990. La charge du seul butane suit pourtant la même pente que celle du gasoil, parce que les cours mondiaux s’effondrent au même moment : 13,5 milliards de dirhams en 2014, 8,7 milliards en 2015, 7,1 milliards en 2016, le point le plus bas de la série. La subvention moyenne par bonbonne suit le même chemin, de 79 dirhams en 2014 à 37 dirhams en 2016. Pendant deux ans, la subvention la plus coûteuse du pays coûte presque trois fois moins cher, sans qu’aucune décision ait été prise. Puis les cours remontent, et la facture repart : 14,6 milliards de dirhams en 2021, 21,8 milliards en 2022.

C’est ce record qui déclenche la réforme. En octobre 2023, le gouvernement annonce une décompensation partielle du butane, étalée sur trois ans : dix dirhams de plus par bonbonne de douze kilos chaque année, de 40 à 70 dirhams entre 2024 et 2026. L’économie attendue est chiffrée à une vingtaine de milliards de dirhams sur la période, dont six seulement viennent de la hausse du prix affiché, le reste d’une baisse espérée des cours mondiaux. Le calcul est donc suspendu au marché autant qu’à la décision. Cet argent doit financer l’aide sociale directe, le transfert monétaire aux ménages lancé fin décembre 2023, qui a sur la bonbonne un avantage décisif : il sait qui il paie. Le raisonnement du ministère des Finances est connu depuis des années : un prix unique pour tout le monde profite d’abord à ceux qui consomment le plus, et ceux qui consomment le plus ne sont pas les plus pauvres. La première marche est appliquée le lundi 20 mai 2024 : la bonbonne de douze kilos passe de 40 à 50 dirhams, celle de trois kilos de 10 à 12,50 dirhams. C’est la seule marche qui aura été montée.

La bonbonne de douze kilos se vend 50 dirhams, et ce prix est le seul chiffre de ce dossier que le consommateur connaisse. Tout le reste se joue au-dessus de lui. En 2025, le coût de revient réel d’une bonbonne oscillait entre 120 dirhams en février et 92 en juin ; la part payée par l’État est passée de 56 pour cent en janvier à 47 pour cent en août, avant de repartir en sens inverse au printemps 2026. La charge mensuelle du butane, elle, est tombée de 1 353 millions de dirhams en janvier 2025 à 808 millions en juin, avec une moyenne de 1 073 millions sur les huit premiers mois, contre 1 306 un an plus tôt. La consommation a son propre calendrier : janvier, avril et mai dépassent chacun vingt millions de bonbonnes, août tombe à 17,57 millions. Sur l’année, le pays brûle 235,7 millions de bonbonnes de douze kilos et importe la quasi-totalité de son butane, 2,89 millions de tonnes en 2024. Depuis 2012, le Trésor a versé 167,2 milliards de dirhams pour ce seul produit. La subvention du butane dépasse 4 pour cent des dépenses publiques marocaines, quand elle tient entre 0,20 et 3 pour cent en Inde, en Égypte, en Indonésie ou en Tunisie.

Le circuit de l’argent, lui, a été réécrit cette année, et personne ne l’a vu passer. La décision no 936.26 de la ministre de l’Économie et des Finances Nadia Fettah, publiée au Bulletin officiel no 7510, abroge l’arrêté du 25 avril 2016 qui fixait depuis dix ans les frais et marges de la filière, et s’applique rétroactivement au 1er mars 2026. Tout y est compté par unité de transport, puis réparti au prorata des bouteilles livrées. Pour les conditionnements de plus de cinq kilos, les frais de conditionnement sont fixés à 619 dirhams, les frais et marge des sociétés de distribution à 510, ceux des propriétaires de dépôts de stockage à 255, et la marge des revendeurs au détail est harmonisée à 510 dirhams, quelle que soit la bouteille. Ce barème n’est pas sorti d’un bureau. L’association professionnelle des dépositaires grossistes et distributeurs de gaz butane avait annoncé une grève de quarante-huit heures les 21 et 22 avril, sur ses marges, sur l’état des dépôts et sur ses conditions d’exercice, avant de la suspendre après une réunion avec l’Intérieur, la Transition énergétique et les Finances. Le prix affiché n’a pas bougé d’un dirham : c’est la part de chacun dans les 78 dirhams de l’État qui a été renégociée. Le détroit a rouvert à la mi-juin et le Brent est repassé sous 80 dollars le baril, mais le barème, lui, est resté.

Reste la facture, et elle est devenue un sujet de campagne. Le 19 mai, le gouvernement a ouvert par le décret no 2.26.395 vingt milliards de dirhams de crédits supplémentaires, dont huit pour la seule Caisse de compensation, financés par une hausse de 8,9 pour cent des recettes fiscales à fin avril. En juillet, dans son rapport annuel, Bank Al-Maghrib a tranché : près de 18 milliards de dirhams mobilisés en 2025 au titre de la compensation pour une subvention universelle qui profite d’abord aux ménages les plus aisés, et une mise en garde contre l’ouverture systématique de crédits supplémentaires depuis 2022. La banque centrale met en garde contre le statu quo. Les Inspirations Éco ajoutaient en juillet ce que le rapport ne dit pas : la bonbonne subventionnée sert aussi à l’irrigation, et les classes moyennes urbaines en stockent volontiers deux ou trois par logement. L’aide sociale directe qui devait prendre le relais coûtera 29 milliards de dirhams par an à partir de 2026, pour près de quatre millions de ménages, et le gouvernement la paie sans avoir encaissé l’économie promise sur le butane. La lettre de cadrage du budget 2027, adressée aux ministres le 5 août, avant le scrutin, réserve encore plus de 13 milliards de dirhams au butane, au sucre et à la farine, et vise un déficit de 3 pour cent du produit intérieur brut. Trois échéances diront si la deuxième marche existe encore : le vote de ce budget par la Chambre élue le 23 septembre, la prochaine secousse sur les cours mondiaux, et l’extinction annoncée pour 2028 des financements innovants, qui ont apporté au Trésor quelque 111 milliards de dirhams entre 2019 et août 2025 selon le ministère des Finances. En attendant, la machine tourne toujours : vendredi 18 septembre, cinq jours avant le vote, le gouvernement annonçait une nouvelle tranche de trente jours d’aide directe aux professionnels du transport routier de personnes et de marchandises, l’autre moitié du bouclier ouvert au mois de mars.

LE SUJET

Les dates qui ont fait le dossier


LE SAVIEZ-VOUS

Le Maroc est le premier client mondial du butane américain


LE MOT

Le centre emplisseur


L'ESSENTIEL

Élections 2026 : les résultats définitifs confirment le classement provisoire, avec le PAM en tête

lematin.ma · 26 septembre 2026


L'ESSENTIEL

Législatives: voici le décompte définitif, avec 97 sièges, le PAM est le vainqueur du scrutin

fr.le360.ma · 26 septembre 2026


L'ESSENTIEL

Élections législatives 2026 : voici les résultats définitifs (Officiel)

ecoactu.ma · 26 septembre 2026


L'ESSENTIEL

Trésor : Le besoin de financement brut estimé à 45,8 MMDH d’ici à fin 2026

lavieeco.com · 26 septembre 2026


L'ESSENTIEL

Croissance, inflation, déficit : Les nouvelles prévisions de BAM

lavieeco.com · 26 septembre 2026


L'ESSENTIEL

Managem : le CA consolidé s’élève à 11, 8 Mds de DH en hausse de 166 % au 1er semestre 2026

ecoactu.ma · 26 septembre 2026


L'ESSENTIEL

Maroc : la BERD relève sa prévision de croissance à 4,8 % pour 2026

h24info.ma · 26 septembre 2026


L'ESSENTIEL

US Treasury Yields Hit 5% as Wall Street Faces New Rate Regime

bloomberg.com · 26 septembre 2026


LA TERRASSE

L'Écran, cette semaine


LA TERRASSE

Où sortir, de Casablanca à Rabat


LE TERRAIN

Le programme de la semaine


LE TERRAIN

Cette semaine, hors football

Bon week-end